Contes & légendes

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Petit peuple

Cette page recense les contes mettant en scène le Petit peuple : hadòts, darts et autres créatures de petite taille.


1. La hade et son fils

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Il était une fois à Seignosse, dans le Marensin, un métayer qui passait la herse dans son champ, tout près de l’Etang Noir. Soudain, les bœufs prennent la course et vont se jeter dans l’étang. Ils ressortirent de l’autre côté de l’eau en portant un petit enfant sur la herse. Comme personne ne savait d’où venait cet enfant, les métayers le recueillirent et en prirent soin bien comme il faut. Ils lui avaient demandé d’où il venait, mais lui ne répondait jamais rien, et ils pensèrent qu’il était muet.
Il y avait déjà un certain temps qu’ils l’avaient chez eux sans avoir jamais pu en tirer une parole quand, un soir la métayère mit pour le souper une rangée d’oeufs à cuire dans les cendres du foyer. Et, alors, l’enfant se met à dire :

J’ai vu Dax en ajonchaie
Et Bayonne à l’état d’aunaie,
Jamais je n’ai vu tant de petits pots blancs au feu en même temps !


Les gens, contents de l’avoir fait parler lui firent dire d’où il venait : c’était le fils de la hade de l’Etang. Alors ils prévinrent la mère. La hade, — pensez si elle était heureuse de retrouver son fils —, voulut récompenser ces braves gens. Elle leur dit :
— Vous allez ouvrir les portes de l’étable, et je vais vous la remplir de vaches, autant qu’il pourra en tenir dedans. Le taureau passera le dernier. Il beuglera horriblement, mais quoi qu’il fasse d’horrible, il ne faudra pas vous retourner. Quand il sera passé, vous fermerez les portes.
Le métayer promit de ne pas se retourner et, ainsi qu’il avait été convenu avec la hade, il se plaça derrière la porte de l’étable. Et les vaches commencèrent à entrer ; et il en entrait, et il en entrait toujours, et beaucoup de beau bétail. L’étable était bientôt pleine.
Tout à coup, arrive le taureau ; il se met à beugler mais si horriblement que le métayer pris de peur en entendant de pareils grondements, tourne la tête pour regarder ce qui se passait. Il n’eut pas plutôt tourné la tête que le taureau rebrousse chemin, et toutes les vaches après lui. Le pauvre métayer mort de chagrin de voir s’en aller d’aussi belles bêtes, put pourtant fermer les portes de sorte qu’il en resta quelques-unes à l’intérieur. Il est bien dommage qu’on n’ait pas pu les garder toutes, car c’était de très belles bêtes. Mais la race s’en est perpétuée dans le pays landais.

{les Hadas}
{le Petit peuple}
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2. Le hadot

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Il était une fois, à La Barde, deux jeunes mariés qui étaient métayers. La femme mit au monde un enfant, vraiment joli, le plus frais et le plus tendre qu’on eût jamais vu. Quand elle allait travailler au-dehors, elle s’emportait le bébé au champ, le laissait, couché dans son berceau, au bout du sillon, à l’ombre de la haie. Lorsqu’il pleurait, elle lui donnait le sein, puis elle s’en retournait sarcler ou déchaumer.
Mais, une fois, en allant faire téter son petit, la métayère trouva dans le berceau un enfant horrible, ridé et poilu comme un petit vieux. La pauvre femme pleura, pleura, mais son enfant était perdu : les hades le lui avaient volé et lui en avaient mis un de leur race à sa place.
Enfin, comme c’étaient de braves gens, ils ne voulurent pas laisser cet enfant et, aussi laid qu’il fût, ils le gardèrent et la mère le nourrit comme le sien.
Cet enfant ne parlait pas, et tous le croyaient muet. Jamais il n’avait prononcé un mot quand, un soir on s’avisa de l’entourer d’œufs. Et soudain, le hadot se prit à dire :

J’ai vu le bois d’Artigues
Sept fois bois et sept fois champ,
Et jamais je n’ai vu tant de petits pots blancs !


Il n’avait pas plutôt achevé de parler qu’une hade entrait en disant :
— Garçon, ne dis pas au moins à quoi sert la feuille de vergne parce que :

Si le bouvier savait à quoi sert la feuille de vergne et la marjolaine,
Il porterait l’aiguillon doré.


Et la hade portait dans ses bras l’enfant qu’elle avait enlevé à ces pauvres gens. Elle le rendit à sa mère et reprit son hadot.
Mais elle voulut cependant payer ces métayers pour leur peine. Elle remplit leur étable de vaches laitières.

{les Hadas}
{le Petit peuple}

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3. Le Château de Laustania

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Il y a maintenant bien longtemps, le seigneur de Laustania, trouvant trop pauvre son château, demanda, dit-on, aux Lamignac qu’ils lui en fissent un nouveau.
Les Lamignac le voulurent bien. Volontiers ils feraient le château ; et même, ils le feraient avant le premier chant du coq postérieur au coup de minuit. Une condition : en guise de salaire, le seigneur leur donnerait son âme. Et le seigneur de Laustania en fit la promesse.
Dans la nuit même, les Lamignac commencèrent leur besogne. Ils taillèrent parfaitement de belles pierres rouges d’Arradoy. Et puis, ils se les passaient vivement de l’un à l’autre, en se disant à voix basse : « Tiens, Guillen ! – Prends, Guillen ! – Donne, Guillen ! »
Et le travail avançait, avançait furieusement. 
Du haut de l’escalier du poulailler, le seigneur de Laustania regardait les Lamignac. Dans la main il tenait un certain paquet gris.
Et voici que les Lamignac empoignèrent la dernière pierre : « Tiens, Guillen ! – Prends, Guillen !… – C’est la dernière, Guillen !… »
Dans le même instant, le seigneur de Laustania mettait feu à un gros morceau d’étoupe ; une grande lueur s’éleva devant le poulailler. Un jeune coq s’effraya, craignant que le soleil ne l’eût devancé ce jour-là : il chanta kukuruku et se mit à battre des ailes.
Avec un hurlement aigu, le dernier Lamina, dans le gouffre de la rivière jeta la dernière pierre que déjà il tenait dans ses mains : « Maudit coq !… » Et il s’abîma lui-même dans le gouffre avec ses compagnons.
Cette pierre, jamais personne n’a pu la retirer du gouffre. Elle est toujours là, au fond de l’eau : les Lamignac la retiennent avec leur griffes. Et, depuis toujours, il manque une pierre au château de Laustania.

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4. L’église d’Espès

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Jadis les Lamignac bâtirent en une seule nuit l’Église d’Espés.
Et se passant les pierres l’un à l’autre, les Lamignac disaient :

« Tiens ! Guillen ; — Prends ! Guillen ; — La voilà ! Guillen.
Nous étions douze mille, et tous nous nous nommions Guillen. »

Mais pour avoir travaillé précipitamment, ils firent le mur penchant sur la route. 

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5. Le pont de Licq

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Jadis, les anciens de Licq ne pouvaient construire un pont sur le gave. A l’endroit où l’on désirait construire ce pont, il y avait trois Lamignac, tous trois se nommant Guillen. Un jour, ces Lamignac dirent à un homme de Licq : qu’ils construiront un pont de pierre la nuit, veille de la Saint-Jean, s’il veut en paiement leur donner son âme. L’homme le leur promit, à condition que le pont sera construit dans une même nuit, avant que le coq ait chanté. La nuit de la veille de Saint-Jean, les trois Guillen ensorcelèrent d’abord tous les coqs et commencèrent à travailler, disant, en se passant les pierres : « Tiens! Guillen ; — donne ! Guillen ; — Prends ! Guillen. » Pour terminer le pont, ils avaient à la main la dernière pierre, lorsqu’un poussin, encore dans l’œuf, sous la poule, chanta. Alors les trois Guillen dirent : « Adieu (adio) notre paiement », et jetèrent la pierre dans l’eau.
Depuis lors une pierre manque, dit-on, au pont de Licq.

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6. Les petits lamignac

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Jadis, avant la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, des laboureurs, hersant leur champ, sentirent avec surprise les dents de la herse retenues à la terre. Ils regardèrent pour en découvrir la cause, et trouvèrent sous la herse autant de petits enfants qu’il y avait de dents à l’instrument, tous pleurant. Leur cœur se serra à cette vue, et, pris de compassion, ils délivrèrent les pauvres petits, puis les emportèrent à leur maison. Là, ils les soignèrent comme leurs propres enfants et les élevèrent dans leur religion.
Or, ces enfants étaient envoyés du monde souterrain par les Lamignac qui voulaient que leur race s’étendit peu à peu sur la terre, qu’elle y fut connue et réputée.
Lorsqu’ils furent devenus grands, les pères et les mères leur bâtirent pendant la nuit des maisons, ou plutôt des palais, tout en pierres de tailles, telles que les maçons de nos jours ne pourraient en bâtir de semblables.
Tous ces enfants se nommaient les uns les autres: Guillen. C’était Guillen par ci, Guillen par là. Et lorsqu’on leur demandait où ils avaient leurs pères et leurs mères, ils répondaient: « Nous, nous sommes les enfants des Lamignac. Notre père et notre mère s’occupent à faire de l’or et de l’argent pour nous, quand nous serons devenus grands. »

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{le Petit peuple}

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7. L’église d’Arros

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L’église d’Arros, si l’on en croit les anciens, a été bâtie par les Lamignac. Les gens du village voulaient que l’église s’élevât sur la place, et déjà ils y avaient réuni tous leurs matériaux. Mais, tous les soirs, les Lamignac emportaient tout, planches et pierres, au sommet de la montagne, et tous les matins les Arrosiens les allaient rechercher et les rapportaient sur la place. A la fin, ils perdirent courage et résolurent de ne plus bouger. Pourtant l’un d’eux dit : « Je veux les guetter et savoir comme ils s’y prennent. » Et il alla s’asseoir sur une poutre pour attendre leur venue. Mais il finit par s’endormir et voilà que les Lamignac aussitôt arrivent et l’aperçoivent : « Tu voulais nous attraper, dirent-ils, et bien ! c’est nous qui t’attrapperons. » Alors ils prirent la poutre où l’Arrosien s’était endormi, et, sans qu’il s’aperçoive de rien, l’emportèrent au haut de la montagne. Les murs étaient terminés, ils le perchèrent au-dessus. Quand il s’éveilla le lendemain, il fut fort étonné de se trouver là et descendit comme il put. 
Les Arrosiens, voyant qu’ils n’étaient pas les plus forts, laissèrent les Lamignac agir à leur guise et achever sans obstacle, en haut de la montagne, l’église commencée.

{les Hadas}
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8. Le pont de Licq

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Depuis longtemps les gens de Licq désiraient avoir un pont sur le gave. Mais l’endroit était dangereux et personne n’osait l’entreprendre. Un beau jour, ils convinrent d’en charger les Lamignac. Ils les mandent au village et exposent leur embarras.
— Nous ferons votre pont, dirent les Lamignac, et en bonnes pierres de taille, dans la nuit de demain, avant que le coq ait chanté, mais sous une condition.
— Quelle est, dirent les Licquois, votre condition ?
— Vous nous donnerez en paiement la plus belle fille de Licq. 
C’était un grand crève-cœur pour les Licquois de livrer la plus belle de leurs filles; mais ils étaient obligés d’en passer par là et ils acceptèrent. La nuit suivante les Lamignac se mirent à l’œuvre. 
Or tout le monde sait bien qu’en tout pays les belles filles ne manquent pas d’amoureux. La belle fille de Licq avait aussi le sien. Averti de ce qui se passait, l’amoureux vient à la brune se poster près de l’endroit où travaillaient les Lamignac, et il voit avec terreur que du train dont ils y vont, la besogne sera terminée avant la moitié du temps fixé. Le cœur malade, pris d’une sueur froide, il s’ingénie et trouve enfin une ruse. 
Il se dirige vers un poulailler, en ouvre doucement la porte et, avec ses mains, simule le bruit des quatre ou cinq coups d’ailes que donne le coq avant de chanter. Le coq se réveille en sursaut, craignant d’être en retard, et crie : « Coquerico. » 
Il était temps. Les Lamignac avaient soulevé la dernière pierre à moitié de sa hauteur. Au chant du coq, ils la jetèrent dans l’eau et avec grand bruit s’échappèrent en disant : « Maudit soit le coq qui a jeté son cri avant l’heure. »
Depuis, disent les anciens, personne n’a pu faire tenir dans la place vide ni cette pierre ni d’autres.

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12. Les trois vierges d’Eskieys

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A Eskieys, au temps de la petite église, le meunier d’Eskinjios se mît à l’abri sous l’auvent au moment d’un grand orage. Il fut surpris de trouver là sur la porte de la chapelle trois filles vêtues de blanc qu’il n’avait jamais vues. Le meunier pour ne pas mouiller la farine déchargea le mulet et dressa les sacs contre le mur de l’église.
Et quand l’orage s’apaisa, le meunier un peu effrayé des trois jeunes filles leur demanda de l’aider à charger : 
— Vous avez cru que nous étions comme les autres, lui dit une : essayez de toucher si nous avons des bras ! 
Le meunier voulut toucher celle qui lui parlait : aussitôt toutes trois s’évanouirent comme un éclair au travers des pierres de l’église , comme si elles s’étaient couchées dans les tombes du lieu saint.
Le meunier épouvanté prit la fuite avec son mulet ; mais en arrivant au moulin il se trouva mal et en mourut.


13. Le joli hadet et sa mère

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Une fois un bouvier labourait près de la grave noire, dans le Maransin. Ce bouvier s’écarta un peu pendant que ses bœufs buvaient. Quand il revint il trouva perché sur la charrue un hadet tout nu, beau et tendre comme un petit ange. Le hadet sans rien dire se laissa porter à la maison et quand on l’eût vêtu il se mit au coin du feu sans parler. Au foyer il vit des œufs en rang et alors il dit :
— Ah mon Dieu ! les jolis petits pots ! J’ai tant voyagé et je n’en ai jamais vu de pareils !
Quand il parla une voix dehors dit : 
— Le mien, il ne faut pas dire à quoi sert la feuille du vergne, parce que tous les bouviers porteraient l’aiguillon doré.
En effet ce que vaut la feuille du vergne est toujours demeuré le secret des hadètes. La mère entra : c’était une hadète des plus distinguées : 
— Si vous voulez me rendre mon enfant, leur dit-elle, je vous ferai tous heureux par ici. 
— Vous pouvez le prendre, lui répondit-on, puisqu’il est à vous.
— Eh bien ! dit-elle, vous allez préparer vos étables, les parcs et les granges, tout ce que vous avez par ici pour pouvoir loger du bétail : il va vous arriver de partout, des vaches, des veaux, des bœufs et des génisses. Quand arrivera le taureau il y aura du tapage ; il vous semblera qu’il brisera tout ; n’ayez pas peur ; surtout ne vous retournez pas : si vous avez le malheur de vous retourner tant que se fera le tapage, tout sera perdu.
Aussitôt l’enfant rendu à la mère, voilà des troupeaux de vaches, de bœufs, de génisses ; étables, granges, parcs, tout se remplit, et du beau bétail. Mais lorsque arriva le taureau au milieu de ces vaches tous ceux du domaine se crurent perdus ; ils oublièrent la parole de la hadète ; ils tournèrent la tête pour voir par derrière, et vaches, bœufs, veaux et génisses disparurent. Pourtant la race de ce bétail s’est conservée dans la Lande.

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14. Les hadets et les hadètes d’Estans

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A Estans, dans Jautan, il y avait hadets et hadètes. Ils ne mesuraient pas un empan chacun ni chacune. Ils se chauffaient au foyer tous ensemble ; les hadètes avaient leur place sous la cheminée ; là elles faisaient leur veillée tranquilles. Souvent elles n’y allaient que deux, une grande et l’autre petite. Un soir la plus petite arriva la première ; les veilleuses la firent deviser. La grande hadète, de sur la porte en dehors leur cria : « Parle-leur de ce qu’elles voudront, hormis de ce à quoi est bonne la feuille de vergne. » Effectivement la vertu de la feuille du vergne est toujours demeurée le secret des hadètes.
Ceux d’Estans furent heureux tant que les hadètes les visitèrent. Mais les hommes de là leur firent des moqueries : ils leur jetaient de l’eau bouillante, leur donnaient des noms grotesques ; alors les hadètes ennuyées quittèrent Estans avec les hadets, et elles maudirent tous ceux d’Estans en disant :

Estans, Estans,
Tu ne verras plus jamais nul barbe blanc !

Depuis les hommes ne viennent plus vieux à Estans.

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{le Petit peuple}

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15. La Fée allumée

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Les fées de Nerbis n’étaient pas de grandes fées. Les dons merveilleux, les malédictions effroyables, elles les laissaient à leur mère. C’étaient de braves petites fées de campagne qui vivaient dans leur souterrain insouciantes et espiègles. Un jour qu’elles lavaient leur linge sur le bord de l’Adour elles s’amusèrent à grimacer à qui mieux-mieux.
– C’est moi la plus forte.
– Non c’est moi.
– Non moi.
– Eh bien je te parie que tu ne peux pas faire rire avec tes grimaces, sans parler, la femme de Gentil, le fermier d’en bas.
– Moi ? Tu vas voir.
Et le soir la plus espiègle des deux sœurs s’avisa d’entrer dans la maison de notre paysan lorsqu’il fut couché. La fermière veillait au coin du feu en filant le lin de ses champs éclairée doucement par la chandelle de résine. En coup de vent la fée descendit par la cheminée et prit une forme humaine. La fermière effrayée ne dit mot et continua son travail. La fée ne pouvait parler, aussi fit-elle force grimaces. Tirant sa quenouille elle singea notre pauvre fileuse qui toute interdite se piqua le doigt. La fée en fit autant, avec des grimaces. Voyant cela, la fermière partit se coucher et notre fée retrouva sa sœur sur le bord de la cheminée.
– Eh bien je n’ai pu ni la faire parler, ni la faire rire, même pas la faire arrêter son travail. Mais si tu avais vu sa tête. Je reviendrai demain.
Le lendemain toute pimpante et gaie comme un pinson avec son tutu de gaze notre petite fée recommença son manège avec le même insuccès.
– Tu n’y arriveras pas, nana na, lui susurrait sa sœur. 
– Tu verras, lui répliquait-elle, recommençant le soir suivant.
La fermière restait impassible, toutes les grimaces du répertoire y étaient passées et repassées depuis que le manège durait, et Dieu sait si elle en avait avec sa baguette à malices ! La fermière exaspérée, mais craintive dépérissait, devenait sombre, taciturne.
ço qu’as (qu’as-tu) ? lui demanda son mari. 
Elle se décida à lui raconter ses visions du soir.
N’y a pas soun qu’aco. (Il n’y a que cela.) N’aie pas peur, tu vas voir ce soir je vais m’habiller en femme, et c’est moi qui filerai. Donne-moi ta quenouille et ton fuseau, tes habits et ton paquet d’étoupe.
Notre paysan avait fière allure sous ce déguisement, les cheveux négligés, encadrant son visage buriné à la peau lisse (il était rasé de frais), un foulard sur la tête et le grand châle sur les épaules. La petite fée fut un peu étonnée lorsqu’elle vit cette femme qu’elle ne connaissait pas, mais elle n’était pas très au courant des usages des hommes, les habits étaient les mêmes. “Tiens une nouvelle femme” dit-elle. “Je vais peut-être mieux réussir !” Elle recommença ses pitreries pour imiter le travail de la fermière. Grimace qui grimace elle n’arrivait pas à contrefaire notre fileuse improvisée qui imperturbable continuait sa besogne avec désinvolture. Furieuse de ne pouvoir y arriver et un peu jalouse elle s’écria : 

Ye que hiélebes fin fin fin
Coum le douane de Minyoulin
E ouey que hieles gros gros gros
Coum le douane de Tarigos

(Hier tu filais fin fin fin
Comme la dame de Minjolin
Et aujourd’hui tu files gros gros gros
Comme la dame de Tarigos)

(Vous pensez elle savait ce qu’elle faisait la coquine, Tarigos était la maison voisine et une vieille rivalité s’était depuis longtemps transformée en solide inimitié.)
Diu biban, s’écria le paysan. Tu m’insultes encore et bien tu vas voir !
Décrochant la chandelle il la jeta sur la fée dont la gaze prit feu. Avec un grand cri elle disparut dans la cheminée pendant que notre paysan riait aux éclats sous les yeux admiratifs de sa femme accourue.
En haut de la cheminée la pauvrette s’écria en gémissant : 
Que m’a lucat lou c… (Elle m’a allumé le c…) 
Perque y anèbes tu ? (Pourquoi y allais-tu ?) lui répondit sa sœur en riant.
Et depuis ce temps les femmes de Nerbis purent filer tranquillement le lin, ce lin si fin qui était une gloire du marché de Mugron.

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16. L’aiguillon d’Argent

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Yanty de la Sablère était un magnifique adolescent que tous aimaient. Toujours gai et souriant il n’y avait pas dans le pays de bouvier plus hardi que lui. Il chantait toujours en gardant les bêtes mais quand il était seul dans la campagne, sitôt son chant terminé il entendait :

Hade, Hadoun
Ne disis pa la hoelhe dou vern enta que boun
Se disas la hoelhe dou vern enta que boun
Lou boe que porteré l’agulliade d’argentoun

Fée, petite fée,
Ne dis pas à quoi sert la feuille de vergne
Si tu dis à quoi sert la feuille de vergne
Le bouvier porterait l’aiguillon d’argent.

Ce petit chant aigu, nasillard, insinuant, l’énervait car il se produisait de plus en plus souvent. Il décida d’en parler à sa grand-mère qu’il aimait bien.
– Tu es un beau garçon, Yantynoun (mon petit Jean), et tu inspires de doux sentiments à beaucoup de gouyatines. Il te faudra faire très attention car c’est une femme économme, travailleuse qu’il te faudra prendre pour douane ici à la Sablère. Peut-être une fée, la petite fée de la chanson que je te chantais tout petit, viens-t-elle te voir. Méfie-toi. Puisqu’elle te dit ça pourquoi ne pas porter un aiguillon à la pointe d’argent ? Une fourchette a eu une branche cassée en tombant dimanche. Je vais te donner la dent cassée. Fais-toi un aiguillon. Mais avec une tige de vergne. C’est plus facile. Tu verras bien ce que te dira la fée !
Sitôt dit, sitôt fait.
Le lendemain matin notre jeune bouvier partit travailler nanti de son aiguillon à pointe d’argent. Au premier arrêt de son attelage, quand il cessa de chanter, il entendit à nouveau : 

Hade, Hadoun

Pivotant sur lui-même en souriant, il se mit à caresser la pointe de son aiguillon, disant : 
– Regarde.
Il entendit alors un petit cri et une voix qui disait : 

Ce n’est pas vrai, je n’ai pas dit
que la feuille de vergne
Donne l’or et longue vie
avec l’aiguillon d’argent.
Je ne l’ai pas dit, pas dit, pas dit…

Et le son disparut. 
Très intrigué, notre garçon, continuant sa route s’arrêta près d’une fontaine où les vergnes poussaient. Machinalement il piqua une feuille de vergne. Il entendit un petit bruit, la feuille s’était transformée en or. Très étonné il recommença avec le même succès. Du coup il amassa une brassée de feuille qui se transformaient en or dès que l’aiguillon d’argent les touchait. Perplexe il réfléchissait devant son tas de feuilles dorées dans le bros lorsqu’il entendit : 

Qu’as troumpat le hade, boué malin,
Toutun, escoute plan,
Lou temps qu’é mé fin
Que lous omis !

Tu as trompé la fée, bouvier malin,
Mais souviens-toi,
Le temps est plus fin
Que les hommes.

Très songeur il décida de rentrer à la maison et alla aussitôt conter l’histoire à sa grand-mère.
– Tu as percé le secret de la fée, Yantinoun, je pense qu’avec les feuilles on peut faire une tisane que j’essaierai. Mais surtout, fais attention, la fée voulait te dire que notre vie n’a qu’un temps limité. Regarde-moi et tu comprendras que je vivrai pas longtemps. Tu as le secret, garde-le bien et pour toi seul. Travaille et ne te sert de ton aiguillon, comme pour les bêtes, qu’à bon escient, car l’or gâte tout. Ne prends que ce que tu as besoin. Esta urous qu’é mey que d’esta riche. Être heureux vaut mieux que d’être riche.
La grand-mère vécut vieille. Yanty vécut longtemps et heureux, aisé mais pas très riche, connu pour son aiguillon qui ne le quittait jamais, “son porte-bonheur”, disait-il. Pensez-vous, son porte-monnaie devrait-on dire. Mais on ne le savait pas !

Crouzit, crouzat,
mon counte acabat.

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17. Hadet Hadoun

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Un jour à Tosse, alors qu’ils allaient faner le pré de l’étang blang, une femme laissa son bébé à l’ombre d’un vergne, en bordure de la prairie, afin de travailler avec son mari.
Elle surveillait l’enfant de loin. Quand elle revint le prendre, elle fut horrifiée. Il avait grossi et était tout frippé et laid, laid… Les larmes aux yeux, elle le nourrit et le ramena en pleurant à la maison.
Le temps passa. L’enfant avait grandi mais ne disait rien. Il était gentil, caressant, marchait, courait, mais ne disait jamais rien, ni maman, ni papa, rien. A croire qu’il était muet.
Un jour, elle mit à cuire des oeufs devant le feu, pour toute l’assemblée – on les tourne et les fait ainsi rôtir ; quand ils suent, ils sont cuits – elle s’affairait à les surveiller et tout-à-coup, elle entendit : 

Quey bis DAX basta
et BAYOUNE bernata
Quey bis lou bos d’ARDY
Set cops bos e set cops cam
Mais au houec en un cop
Yamé ney bis tan de toupinouns blancs.

J’ai vu DAX en ajonchaie
et BAYONNE en vergneraie
J’ai vu le bois d’ARDY
Sept fois bois et sept fois champ
Mais au feu, en une fois
Jamais je n’ai vu tant de petits pots blancs.

Ahurie, elle dit à l’enfant : 
– Mais, tu parles !
– Bien sûr ! lui répondit-il.
A ce moment là, elle entendit à la porte : 
Caret ! Tais-toi !
Et elle vit une petite fée toute blanche avec de longs cheveux soyeux. C’est elle qui avait dit à l’enfant de se taire.
– Tu as été bonne pour mon fils que tu as nourri, car il était malade. Je vais le reprendre et te rendre ton fils à l’instant. Ne bougez pas et taisez-vous. 
Quelques minutes après, elle revenait avec l’enfant du paysan. Sa mère folle de joie, le couvrait de baisers. Soudain, elle s’arrêta et embrassant le petit fadet : 
– Je t’aime bien toi aussi. Laissez-le moi.
– Non, maintenant il faut que je le reprenne. Mais, tu as été bonne et pour ta récompense, je t’ai amené deux vaches. Mets-les à l’étable. Elles sont pour toi, bientôt, elles auront des veaux, ils seront pour le petit. Mets-les souvent dans le pré de l’étang et pense quelquefois à mon fils.
Elle disparut à leurs yeux avec le fadet.
Les vaches étaient extraordinaires, grandes, belles, donnant deux fois plus de lait, jamais malades. Ils devinrent aisés. Quant au fils, jamais malade, il devint grâce à l’élevage un riche propriétaire. Il réussissait tout ce qu’il entreprenait. On disait qu’il avait des mains de fée. Pourtant, il est mort lui aussi, et ses vaches avec lui.
Mais l’expression est restée avec cette vieille chanson de nourrice.

Hadet, Hadoun
Man de Hades
Man de Hades
Hadet, Hadoun
Man de Hades
E que droum.


Fadet, Petit fadet
Main de fée
Main de fée
Fadet, Petit fadet
Main de fée
Et tu dors.

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18. Le forgeron et la Fée

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Yantet voulait être forgeron. Accompagnant son père au Haou (forgeron), il avait été subjugué par la flamme qui permettait de bien modeler le fer. La braise rougeoyante et le marteau, le soufflet qu’il avait manié, tout avait joué. Son père avait vu cela d’un bon œil. Meste Girons n’avait pas d’enfant ; il se faisait vieux et à la maison Yantet était le cadet. La forge serait un bon métier.
Tous les matins, il partait donc de son quartier d’Estrich, à « l’hore dou Hasan » (l’heure du coq) pour rejoindre à pied la maison du haou, une bonne demi-heure de marche matin et soir, sans s’arrêter. Il était obligé de passer près des « Crampes de leus Hades » (chambres des fées), mais il n’avait pas peur, il chantait à tue-tête pour se donner allure et courage. Un jour, à la fin du couplet chanté :

Hay, hay chibaloun, qu’en iran plan dinca Mugroun,
De Mugroun a Samadet, hay, hay chibalet.


Hay, hay petit cheval, nous irons bien jusqu’à Mugron
De Mugron à Samadet, hay, hay petit cheval.

Voilà qu’il entend :

Hau, hau, hauritchoun,
Quoan as hé n’as pas carboun,
Quaon as carboun, n’as pas hé
Hau, hau, merdassé.


Forgeron, forgeron, petit forgeron,
Quand tu as du fer, tu n’as pas de charbon
Quand tu as du charbon, tu n’as pas de fer
Forgeron, forgeron, « merdeux ».

Et sitôt après : 
N’as pas brasé ? (Tu n’as pas brasé ?)
Ahuri, il continua sa route sans répondre.
Le lendemain, même chanson.

Hau, hau

Il répondit à la cantonade : « Je ne sais pas » et continua en courant.
Le jour suivant, il vit son interlocuteur : une petite fée qui n’arrêtait pas de lui faire des grimaces, tout en sautillant au rythme du couplet. Et ainsi, tous les jours. Furieux et humilié, il demanda à son patron qui lui avait répondu évasivement : « tu verras »… et comme il insistait ce dernier avait ajouté :
A martet que truque, enclume que respoun. (A marteau qui frappe, enclume répond.)
L’enfant rumina cette réponse en rentrant le soir, décidé de savoir avec cette diable de fée.
Le matin suivant, lorsqu’il entendit chanter la ritournelle injurieuse de la petite fée sautillante, à la question : 
– N’as-tu pas brasé ?
Il répondit tout fiérot :
Ségu. (Sûr.)
Qu’as hicat sable. (Tu y as mis du sable.)
Ségu. (Sûr)
Et tout fiérot, il arriva chez son maître en lui disant :
– Je sais, il faut mettre du sable, la fée me l’a dit !
Ils essayèrent et trouvèrent ainsi la soudure. Depuis lors, tous les forgerons brasent le fer avec du sable et notre Yantet ne fut plus jamais insulté par la fée qui disparut.

Seul est resté le nom de lieux « leus crampes de leus hades » et un proverbe international :

Truque lou hé tan que l’as caut (Bat le fer tant qu’il est chaud)
Truc trac (truc trac)
Lou hé que brasat (Le fer est soudé)

{les Hadas}
{le Petit peuple}

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