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Cette page recense les contes collectés par Jean-François Cerquand.


11. L’église d’Espès

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Jadis les Lamignac bâtirent en une seule nuit l’Église d’Espés.
Et se passant les pierres l’un à l’autre, les Lamignac disaient :

« Tiens ! Guillen ; — Prends ! Guillen ; — La voilà ! Guillen.
Nous étions douze mille, et tous nous nous nommions Guillen. »

Mais pour avoir travaillé précipitamment, ils firent le mur penchant sur la route. 

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12. Le pont de Licq

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Jadis, les anciens de Licq ne pouvaient construire un pont sur le gave. A l’endroit où l’on désirait construire ce pont, il y avait trois Lamignac, tous trois se nommant Guillen. Un jour, ces Lamignac dirent à un homme de Licq : qu’ils construiront un pont de pierre la nuit, veille de la Saint-Jean, s’il veut en paiement leur donner son âme. L’homme le leur promit, à condition que le pont sera construit dans une même nuit, avant que le coq ait chanté. La nuit de la veille de Saint-Jean, les trois Guillen ensorcelèrent d’abord tous les coqs et commencèrent à travailler, disant, en se passant les pierres : « Tiens! Guillen ; — donne ! Guillen ; — Prends ! Guillen. » Pour terminer le pont, ils avaient à la main la dernière pierre, lorsqu’un poussin, encore dans l’œuf, sous la poule, chanta. Alors les trois Guillen dirent : « Adieu (adio) notre paiement », et jetèrent la pierre dans l’eau.
Depuis lors une pierre manque, dit-on, au pont de Licq.

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13. La Dame au peigne d’or

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Du côté de Valcarlos sont des précipices et des cavernes de Lamignac. 
Un garçon, passant près d’une de ces cavernes, y jeta les yeux par dessous une pierre. Il y vit une dame (andere) qui se peignait. Elle avait une très belle chevelure jaune. Le garçon lui ayant adressé quelque plaisanterie, la dame se mit à sa poursuite. Le garçon s’enfuit, et apercevant un point éclairé par le soleil, il y sauta. La dame ne pouvant le suivre à l’endroit où brillait le soleil, lança contre lui son peigne d’or, qui alla s’enfoncer dans son talon.


14. La Dame au peigne d’or

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Dans la grotte du mont Orhy, un berger vit un jour une jeune dame se peignant avec un peigne d’or, laquelle dit au berger : « Si tu veux me tirer sur ton dos de cette grotte, le jour de la Saint-Jean, je te donnerai toutes les richesses que tu désireras. Mais quoi que tu puisses voir sur ton chemin, tu ne devras point t’effrayer. » Le berger promit ; le jour de la Saint-Jean venu, il prit la dame sur son dos et se prépara à l’enlever de la grotte. Mais il aperçut tout à coup sur sa route des bêtes fauves de toute sorte ; et un dragon qui lançait des flammes de sa gueule l’épouvanta tellement qu’il abandonna là son fardeau et s’enfuit. 
La dame jeta un cri terrible et dit : « Maudit soit mon sort, je suis condamnée à vivre encore mille ans dans cette grotte. »

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35. La lamigna en mal d’enfant

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Une veille de la St-Jean, à l’aube, une belle fille entra chez la maîtresse de la maison Gorritépé.
— Bonjour, Marguerite, veuillez venir avec moi dans votre bois ; il y a une femme en mal d’enfant que vous accoucherez. 
— Et qui êtes-vous ? je ne vous connais pas. 
— Vous saurez qui je suis ; mais venez tout de suite, je vous en prie. 
— Je ne puis sortir en ce moment de la maison, parce que je dois préparer le déjeûner des faucheurs. 
— Suivez- moi, je vous prie ; vous,n’aurez pas lieu de vous en plaindre. Votre fortune est assurée si vous nous aidez à lever cet enfant. 
Marguerite obéit, et toutes deux se rendirent sous le bois. La belle fille lui donna alors une baguette : « Frappez la terre » dit-elle. Marguerite frappa la terre, et voilà qu’un portail s’ouvrit devant elles. Elles entrent, et voient un beau château. Le château devenait de plus en plus beau, éclairé par une lumière aussi éblouissante que le soleil. « N’ayez pas peur, Marguerite, nous sommes arrivées. » Elles pénètrent dans un grand appartement, le plus beau de tous. Au milieu de la chambre, se trouvait une Lamigna en mal d’enfant, et tout autour de la chambre, étaient assises une foule de petites créatures, ne bougeant jamais. 
Marguerite fit son office, et on lui servit un très bon repas. De plus, on lui donna un pain blanc comme neige. Puis, comme il allait tard, elle demanda à se retirer. La même jeune fille l’accompagna jusqu’au portail ; mais, ni l’une ni l’autre ne purent venir à bout de l’ouvrir.
— Vous emportez quelque chose d’ici, lui dit sa compagne.
— Rien, si ce n’est un morceau de pain que je voulais, à cause de sa beauté, faire voir à ma famille. 
— Vous devez le laisser ici. 
Elle le mit de côté, et le portail en même temps s’ouvrit. 
— Voici votre paiement, Marguerite. C’est une poire d’or ; vous n’en direz jamais rien à personne, et vous la mettrez en lieu sûr, dans votre bahut. Tous les matins, vous trouverez, à côté de la poire, une pile de louis d’or. 
Marguerite serra la poire dans son bahut. Le premier matin, elle alla voir ce qui se passait dans le bahut, et y trouva un lingot d’or. Et de même tous les matins pendant longtemps ; si bien que, quoique la maison fût endettée, toutes les dettes furent bientôt payées, et qu’il resta une grande fortune. Cependant, son mari conçut des soupçons, et Marguerite, pour avoir la paix, lui dévoila le secret. La nuit suivante, la poire disparut.


36. La lamigna en couche

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A côté de la maison Sorçaburu de Gotein, coule un ruisseau dont la source n’est pas éloignée. A côté de la source, dans une caverne, habitaient des Lamignac. 
Un jour, une Lamigna fut prise de douleurs. La dame de Sorçaburu, qui était sage-femme, fut appelée pour la délivrer. Grâce à elle, l’enfant arriva heureusement. Le lendemain, la sage-femme revint pour emmailloter l’enfant, et quand son travail fut fini, une Lamigna lui offrit en payement le choix entre deux pots à feu – l’un recouvert d’or, l’autre de miel. La dame de Sorçaburu choisit le pot au couvercle d’or. Alors la Lamigna lui dit : « Ah ! tu n’as pas bien rencontré. Le pot au couvercle d’or est rempli de miel : le pot au couvercle de miel est plein d’or. »


37. La lamigna en couche

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La dame Arrun, d’Aussurucq, était sage-femme des Lamignac qui, pour chaque couche, lui donnaient 20 francs et un bon repas. Une fois qu’elle avait délivré une Lamigna et qu’elle voulait sortir de la grotte, elle ne put avancer le pied, quoique rien ne la retînt. Elle pria alors un Lamigna de la laisser partir. « Vous emportez, lui dit celui-ci, quelque chose qui nous appartient ; laissez-le, et vous irez. »
La sage-femme lui dit : « J’ai dans ma poche un peu de pain pour le faire goûter à mes parents, parce qu’il est excellent. » Le Lamigna lui dit : « Mangez-le et vous irez. » La sage-femme obéit et sortit sans difficulté.


38. La lamigna en couche

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La grand-mère de ma mère était sage-femme à Ahaxe. Une nuit, à une heure avancée, un Lamigna vint la chercher pour accoucher sa femme. Ma bisaïeule avait grand peur, et consulta son mari, assez embarrassé lui-même. Le Lamigna la rassura, et, la mettant sur son dos, l’emporta, sans qu’elle sût comment, au bord du Remous. Il lui fit passer le ruisseau sans se mouiller, et la fit entrer dans une chambre la plus brillante qu’elle eût vue et faite de pierres taillées.
Ma bisaïeule fit son office et déposa l’enfant dans son berceau après l’avoir emmailloté. On la fit bien manger et bien boire, et on lui donna une grosse somme en payement. Mais on lui défendit de rien emporter de la maison que ce qu’on lui donnait. Cependant, comme elle n’avait jamais vu de si beau pain et qu’elle le voulait montrer chez elle, elle en mit un petit morceau dans sa poche. Lorsque ma bisaïeule arriva au bord de l’eau avec le Lamigna, celui-ci lui dit qu’il ne pouvait la faire traverser parce qu’elle avait dérobé chez lui quelque chose. Elle avoua qu’elle avait, en effet, mis dans sa poche un petit morceau de pain pour montrer chez elle ce qu’elle avait mangé. Le Lamigna le lui fit jeter dans l’eau après quoi il l’emporta au-delà, comme auparavant, sans se mouiller les pieds, jusqu’à la basse cour. Une fois posée à terre, ma bisaïeule tourna la tête, et le Lamigna, d’un coup de couteau, lui enleva un œil pour la punir de l’avoir volé malgré sa défense.


40. Les petits lamignac

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Jadis, avant la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, des laboureurs, hersant leur champ, sentirent avec surprise les dents de la herse retenues à la terre. Ils regardèrent pour en découvrir la cause, et trouvèrent sous la herse autant de petits enfants qu’il y avait de dents à l’instrument, tous pleurant. Leur cœur se serra à cette vue, et, pris de compassion, ils délivrèrent les pauvres petits, puis les emportèrent à leur maison. Là, ils les soignèrent comme leurs propres enfants et les élevèrent dans leur religion.
Or, ces enfants étaient envoyés du monde souterrain par les Lamignac qui voulaient que leur race s’étendit peu à peu sur la terre, qu’elle y fut connue et réputée.
Lorsqu’ils furent devenus grands, les pères et les mères leur bâtirent pendant la nuit des maisons, ou plutôt des palais, tout en pierres de tailles, telles que les maçons de nos jours ne pourraient en bâtir de semblables.
Tous ces enfants se nommaient les uns les autres : Guillen. C’était Guillen par ci, Guillen par là. Et lorsqu’on leur demandait où ils avaient leurs pères et leurs mères, ils répondaient : « Nous, nous sommes les enfants des Lamignac. Notre père et notre mère s’occupent à faire de l’or et de l’argent pour nous, quand nous serons devenus grands. »

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41. L’église d’Arros

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L’église d’Arros, si l’on en croit les anciens, a été bâtie par les Lamignac. Les gens du village voulaient que l’église s’élevât sur la place, et déjà ils y avaient réuni tous leurs matériaux. Mais, tous les soirs, les Lamignac emportaient tout, planches et pierres, au sommet de la montagne, et tous les matins les Arrosiens les allaient rechercher et les rapportaient sur la place. A la fin, ils perdirent courage et résolurent de ne plus bouger. Pourtant l’un d’eux dit : « Je veux les guetter et savoir comme ils s’y prennent. » Et il alla s’asseoir sur une poutre pour attendre leur venue. Mais il finit par s’endormir et voilà que les Lamignac aussitôt arrivent et l’aperçoivent : « Tu voulais nous attraper, dirent-ils, et bien ! c’est nous qui t’attrapperons. » Alors ils prirent la poutre où l’Arrosien s’était endormi, et, sans qu’il s’aperçoive de rien, l’emportèrent au haut de la montagne. Les murs étaient terminés, ils le perchèrent au-dessus. Quand il s’éveilla le lendemain, il fut fort étonné de se trouver là et descendit comme il put. 
Les Arrosiens, voyant qu’ils n’étaient pas les plus forts, laissèrent les Lamignac agir à leur guise et achever sans obstacle, en haut de la montagne, l’église commencée.

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42. Le pont de Licq

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Depuis longtemps les gens de Licq désiraient avoir un pont sur le gave. Mais l’endroit était dangereux et personne n’osait l’entreprendre. Un beau jour, ils convinrent d’en charger les Lamignac. Ils les mandent au village et exposent leur embarras.
— Nous ferons votre pont, dirent les Lamignac, et en bonnes pierres de taille, dans la nuit de demain, avant que le coq ait chanté, mais sous une condition.
— Quelle est, dirent les Licquois, votre condition ?
— Vous nous donnerez en paiement la plus belle fille de Licq. 
C’était un grand crève-cœur pour les Licquois de livrer la plus belle de leurs filles; mais ils étaient obligés d’en passer par là et ils acceptèrent. La nuit suivante les Lamignac se mirent à l’œuvre. 
Or tout le monde sait bien qu’en tout pays les belles filles ne manquent pas d’amoureux. La belle fille de Licq avait aussi le sien. Averti de ce qui se passait, l’amoureux vient à la brune se poster près de l’endroit où travaillaient les Lamignac, et il voit avec terreur que du train dont ils y vont, la besogne sera terminée avant la moitié du temps fixé. Le cœur malade, pris d’une sueur froide, il s’ingénie et trouve enfin une ruse. 
Il se dirige vers un poulailler, en ouvre doucement la porte et, avec ses mains, simule le bruit des quatre ou cinq coups d’ailes que donne le coq avant de chanter. Le coq se réveille en sursaut, craignant d’être en retard, et crie : « Coquerico. » 
Il était temps. Les Lamignac avaient soulevé la dernière pierre à moitié de sa hauteur. Au chant du coq, ils la jetèrent dans l’eau et avec grand bruit s’échappèrent en disant : « Maudit soit le coq qui a jeté son cri avant l’heure. »
Depuis, disent les anciens, personne n’a pu faire tenir dans la place vide ni cette pierre ni d’autres.

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43. La tour de St-Martin de Hasparren

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A St-Martin, sur la montagne, s’élève une tour construite par les Lamignac. On y arrive par un chemin sous terre. C’était une croyance générale que des trésors y étaient renfermés, or et argent en abondance, à découvert ou cachés.
Un jour, les Conseils d’Isturitz et de St-Martin, précédés des curés des deux paroisses, se rendirent à la tour pour vérifier le fait. Ils trouvèrent une salle immense pleine, jusqu’au plafond, d’écus de cinq livres. Mais sur le tas un dragon, sa queue enroulée, reposait.
Alors un des curés fit quelques prières pour conjurer la bête qui, relevant la tête peu à peu, se glissa bientôt dehors. Le curé engagea les conseillers à prendre l’argent, en bonne conscience. Mais tous, craignant le dragon, refusèrent de s’en charger, du premier au dernier.
Et le trésor est encore dans la tour de St-Martin de Hasparren.

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44. La lamigna de la fontaine Juliane

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La veille de la St-Jean, à minuit, une Llamina se peignait avec un peigne d’or et puis se lavait à la fontaine Juliane. Feu Barrenty, qui passait par là, l’aperçut. La Llamina lui dit: « Si vous voulez me transporter jusqu’aux terres pour lesquelles vous payez la dîme, vous serez assez riche pour avoir un aiguilIon d’or ». La Llamina était toute petite. Barrenty la mit à califourchon sur ses épaules et gravit le vieux chemin qui mène à son champ.
La Llamina en ce moment lui recommanda de ne se point laisser effrayer par rien de ce qu’il verrait. 
Bientôt il arriva avec sa charge à l’échelon du champ. Mais pendant qu’il le montait, il voit des serpents, des crapauds et mille autres bêtes hideuses qui faisaient mine de le mordre. Il eut peur et s’enfuit en laissant tomber la Llamina. « Ah ! malheureux ! dit-elle, vous m’avez remise dans l’enchantement pour cent années. »
Depuis ce temps, Barrenty ne réussit à rien. Son bien fut morcelé. Tout fut perdu, jusqu’à la trace de sa maison, et ses terres passèrent à ses voisins.
A la fin de plusieurs périodes centenaires, à partir de ce jour, la Llamina a été guettée par Bassagaix et par d’autres savants plus anciens, mais elle n’a pas reparu.


45. Le lamigna transporté et le tablier plein d’or

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Un homme, passant à côté d’une citerne, aperçut un jeune Lamigna qui se peignait, ayant devant lui un tablier plein d’or. Séduit à cette vue, il demanda au Lamigna d’où il avait tiré tout cet or, et laissa paraître combien il serait heureux d’en avoir seulement une partie. Le Lamigna lui dit: « Tenez, ce trou que vous voyez, si profond, est plein d’or, et je vous donnerai celui qui est dans mon tablier si vous voulez me porter sur votre dos jusqu’à tel endroit. » Marché conclu, le Lamigna donne le tablier et s’installe sur le dos de l’homme.
Ils arrivèrent ainsi à une forêt infestée de crapauds et de serpents. Le porteur s’en tira comme il put, avec son bâton. Puis ils arrivèrent à une rivière qu’il s’agissait de traverser. L’eau était profonde ; l’homme ne savait pas nager et se sentait fatigué. Il songea quelque peu au parti qu’il avait à prendre, puis entra dans l’eau avec le Lamigna. Mais quand il eut fait trois pas, il le jeta au beau milieu de l’eau et s’enfuit au plus vite.
Le Lamigna se noya probablement, car on n’en entendit plus parler.


46. Barantol et la belle dame

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Un jour, Barantol gardait ses vaches dans la montagne de Jora.
La pluie l’obligea à chercher un refuge dans un trou sous un grand rocher. En y entrant, il aperçut une belle dame qui brodait.
— Qui êtes vous ? demanda Barantol. 
— Je suis, dit la dame, une princesse enchantée (inkantatia). Je dois rester ici cent ans. Ne le dites à personne, parce qu’autrement je serais à jamais condamnée. 
Barantol promit bien, mais ne tint pas sa parole. La dame le sut et lorsque le pasteur revint dans sa caverne, elle lui dit :
— Ah ! Barantol ! Barantol ! Ton sabot restera toujours débridé. 
— Et sur cela elle disparut.
Jamais depuis, Barantol ne réussit à clouer solidement une bride à son sabot.


47. Le pain des lamignac

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Une fois par semaine, la dame d’Aguerria allait faire le pain des Lamignac au rocher de la Fée. Les Lamignac lui avaient donné une baguette pour qu’elle pût passer l’eau sans se mouiller. Il lui était défendu de rien prendre dans leur maison. Elle s’avisa cependant un jour de prendre un peu de pâte pour savoir quel goût avait le pain. Arrivée au bord de l’eau, elle frappa de sa baguette comme de coutume ; mais les eaux ne se séparèrent point.
La reine des Lamignac se présenta à elle et l’accusa d’avoir dérobé quelque chose chez elle, ce que la dame d’Aguerria ne put s’empêcher d’avouer. La Lamigna lui dit alors : « Vous ne viendrez plus dans notre maison. Nous avions l’intention de vous donner, en récompense de vos services, une malle remplie d’or, mais vous ne l’aurez pas. »
Depuis ce jour, la malle pleine d’or est exposée au milieu du rocher, en haut d’un escalier, au-delà du pont d’enfer.


48. Même mesure ne fait pas même poids

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Un autre fois la même dame de Sorçaburu alla vers les Lamignac pour leur emprunter une mesure de froment jusqu’à la saison prochaine. 
— Volontiers nous vous prêterons, dirent-ils, une mesure de froment, à condition que vous nous rapporterez même mesure, pesant exactement même poids. 
La dame fit la promesse et emporta son grain à la maison.
Après la récolte, elle reporta chez les Lamignac la mesure de froment. Ils trouvèrent qu’à la vérité la mesure était la même, mais non le poids. En vain la dame de Sorçaburu offrit d’ajouter à la mesure assez de grain pour arriver au poids, elle ne put faire accepter ce surplus aux Lamignac, et ils lui dirent : 
— Si vous voulez que même mesure ait même poids, semez votre froment à la basse lune de l’avent. 


49. Le champ d’Iribarne et les lamignac

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Iribarne d’Aussurucq, aujourd’hui défunt, allant à sa grange, trouva près de la croix des champs un peigne d’or qu’une Lamigna y avait oublié. Quand il revint, la Lamigna le pria de lui rendre son peigne ; mais Iribarne nia qu’il l’eût trouvé. La même nuit, le champ d’Iribarne, voisin de la croix, fut couvert de pierres d’une telle grosseur, qu’aucun homme n’aurait pu les remuer ; et le matin Iribarne vit avec douleur son champ ruiné et revint conter son malheur à la maison. Son voisin le plus proche lui fit entendre que sans doute il avait blessé les Lamignac, seuls en état de porter ces grosses pierres en une seule nuit. Iribarne essaya encore de nier, puis finit par avouer qu’il avait trouvé un peigne d’or et refusé de le rendre à la prière de la Lamigna.
Le voisin lui conseilla de reporter le peigne d’or où il l’avait trouvé, Iribarne y consentit et, dès la nuit suivante, son champ fut débarrassé de toutes les pierres qui l’encombraient. Depuis ce moment, tout le monde respecta les objets appartenant aux Lamignac.


50. Le champ de Salharang et les lamignac

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Salharang allait un matin visiter son pré, le même qu’on appelle le pré des Lamignac. En arrivant il aperçut une belle dame qui se peignait. La belle dame le vit aussi et disparu à ses yeux comme une vapeur. 
Arrivé auprès de la source, il trouva un beau peigne en qu’il or prit et emporta à sa maison. 
Le lendemain, comme il se rendait encore à son pré, il fut très surpris de le voir couvert de vingt ou trente mille charretées de pierres. Alors il revint prendre le peigne à la maison et le remit à l’endroit où il l’avait trouvé.
Le matin suivant, il alla de nouveau visiter son pré et le trouva dans le même état qu’auparavant, débarrassé de toutes les pierres. Mais le peigne n’y était plus.


56. La lamigna aveuglée

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Une jeune femme de Sarasquette sarclait son froment pendant les beaux jours d’été. A midi, elle rentrait à la maison pour allaiter son garçon, et toujours quand elle revenait à sa besogne, elle la trouvait plus avancée, et le sarcloir à la même place. Cela lui donnait beaucoup à penser.
Enfin, sa curiosité étant éveillée, pour surprendre le travailleur mystérieux, elle fit un jour semblant de se rendre à la maison, se cacha et revint bientôt sur ses pas.
Une Lamina sarclait son froment.
– Que faites-vous là ? lui dit-elle.
– Je sarcle, comme vous voyez, votre froment, répondit la Lamina ; je veux vous aider et j’aime à travailler seule. Si vous y consentez, je continuerai ainsi jusqu’à ce que votre champ soit entièrement débarrassé de mauvaises herbes, et je ne vous demanderai pour salaire que de la méture frite dans la graisse.
La femme consentit et la Lamina ne manqua pas de réclamer le soir la méture frite. Elle y revint encore le soir suivant, puis tous les soirs, en sorte que la femme se repentit de son marché et finit par raconter à son mari ce qui se passait, le priant d’y mettre un terme. “Je m’en charge” dit le mari. Ensuite il envoie sa femme se coucher et se revêt de sa robe.
A l’heure habituelle, la Lamina vient frapper à la porte. Le mari la fait entrer, allume du feu, et s’assied, quenouille en main, à côté de la Lamina.
Elle lui dit : 
– Hier soir tu filais si fin, si fin ; et aujourd’hui tu files si gros, si gros.
– C’est qu’hier soir je faisais tourner comme ceci.
– Comment t’appelles-tu ?
– Je m’appelle Moi-Même.
L’homme alors met la poêle sur le feu, et dans la poêle un bon morceau de graisse. La Lamina s’endormit et la graisse bouillit. Alors l’homme saisit la poêle et lance la graisse bouillante sous les jupes de la dormeuse. Elle se lève en poussant les hauts cris et s’élance dehors. Une troupe de Laminac accourt au vacarme : 
– Qui t’a fait du mal ? disent-ils.
– C’est Moi-Même, c’est Moi-Même.
– Quel parti prendre ? dirent les Laminac.
Le champ près de la maison était labouré. La nuit même, les Laminac retournèrent les sillons et couvrirent le champ de pierres.


59. La lamigna aveuglée

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Il y avait jadis, au pied de la montagne de Larrun, un village de Laminac qui vivaient aux dépens de leurs pauvres voisins basques, et ne cessaient de les tourmenter et de les piller. Un soir qu’elles étaient sorties pour quelque expédition, elles grimpèrent sur la cheminée d’une maison, et regardèrent par le trou ce qui se passait en bas. Elles comprirent que l’homme était absent ; en effet il était déjà allé au lit.  “Bon ! dirent-elles ; nous n’avons rien à craindre.” Quelques-unes aussitôt descendent par la cheminée dans la cuisine et trouvent la maîtresse du logis assise au coin du feu et filant.
Elles lui demandèrent de les bien régaler. Mais la maîtresse n’était pas charitable et elle se refusa à rien leur donner. Les Lamignac l’accablèrent d’injures et d’impertinences ; elles la menacèrent, sans obtenir davantage. Enfin elles s’emparèrent des poêles à frire et en léchèrent la graisse; dont elles sont très friandes. Puis, remontant par la cheminée, elles regagnèrent leurs trous.
La femme aussitôt alla raconter à son mari ce qui s’était passé. Que fait le mari ? La nuit suivante, il endosse une vieille robe de sa femme, se coiffe d’un mouchoir de vieille, de couleur sombre, prend une quenouille chargée d’étoupes et s’asseid sur le même siege, au coin du feu, ayant à sa portée une poêlée de graisse bouillante. 
Voilà qu’une Lamina descend de la cheminée. La malicieuse créature s’aperçoit bien que la fileuse ne ressemble guère à celle de la veille et, se méfiant, lui dit : 
– Ah ça ! comment cela se fait-il ? Hier ton fil en tournant disait tout doucement : Piroun, piroun. Ce soir il gronde : Pordoka, pordoka.
– Oui, hier je filais du lin fin ; aujourd’hui je file de l’étoupe.
– Comment t’appelles-tu ? 
– Moi-Même, Moi-Même.
– Donne-moi une mouillette trempée dans cette graisse.
– Je le veux bien.
La Lamina s’accroupit devant le feu, en relevant ses jupes. Le fileur saisit l’occasion, prend la poêle par la queue et en applique le contenu tout bouillant sous les jupes de la Lamina.
Elle pousse des cris aigus et des rugissements et en toute hâte remonte par la cheminée. Les Lamignac l’attendaient et, la voyant si maltraitée, lui dirent : 
– Qui t’as fait du mal ?
– Moi-même.
– Alors, qu’y a-t-il à faire ? Si tu t’es fait du mal, personne n’a de tort que toi-même.
La Lamina, demi-morte, en fut pour ses brûlures.


67. La Llamina d’Anderettho

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Les gens d’Esquiule voyaient de temps en temps deux Llamina sortir de la fontaine d’Andrettho, s’asseoir sur la rive et se chauffer au soleil. On les guetta et on en prit une. Pendant que les paysans l’emportaient chez eux, l’autre cria en béarnais :

« Ques bouille quat diguen, oui ou non, Jamey era bertut deu bert no digas, non. »

Ce qui signifie : « Quoi qu’on te dise, ne révèle jamais la vertu de l’aulne. »

Les gens d’Esquiule ne manquèrent pas de presser de questions la Llamina ; elle ne répondait rien, ne révéla jamais la vertu de l’aulne. Cependant, comme on voulait savoir son âge, et qu’on lui demandait quels étaient ses plus anciens souvenirs, elle répondit enfin :

« J’ai vu la montagne où s’élève Oloron couverte de broussailles, et un marais plein de joncs à la place où est bâtie Sainte-Marie. »

On n’en tira rien de plus, et personne […] ne connaît la vertu de l’aulne.


68. La Ceinture enchantée

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En ce temps là les Laminac qui habitaient la grotte de Sare tinrent conseil pour aviser aux moyens de montrer la vanité du pouvoir des prêtres. Leur décision prise, une Lamina s’adressa à un homme, son voisin, et lui dit :
– Va vers le curé de Sare et dis lui, de notre part, qu’il vienne sans faute à la grotte, parce que nous voulons nous entretenir avec lui.
Le pauvre homme, intimidé, se rend au logis du curé de Sare et lui dit :
– Monsieur, je viens de la part des Laminac de la vieille grotte, vous dire que vous alliez les trouver et qu’elles veulent absolument s’entretenir avec vous.
– J’irai sans faute, répondit le curé, et aussitôt il se mit en route.
Mais la vertu du curé fit une telle peur aux Laminac qu’elles s’enfoncèrent toutes dans leur trou et qu’aucune n’osa l’attendre. Il s’en retourna donc tranquillement chez lui sans avoir vu une seule Lamina.
Les Laminac imaginent alors un autre stratagème. Elles reviennent à leur messager :
– Qu’était-ce que cet homme vêtu de noir, disent-elles, qui était ici tout à l’heure ? Voici : tu lui porteras cette ceinture de soie de notre part, et tu lui diras qu’il s’en ceigne jusqu’à ce qu’elle soit usée.
L’homme, obéissant, va trouver de nouveau le curé et lui dit:
– Monsieur, je viens encore à vous de la part des Laminac ; et voici une ceinture de soie qu’elles vous envoient pour la porter jusqu’à ce qu’elle soit usée.
– Avez-vous mesuré la longueur de cette ceinture de soie, demanda le curé.
– Non monsieur.
– Eh bien ! vous connaissez le châtaignier qui est près de la grotte. Allez et mesurez combien de fois la ceinture en fera le tour.
L’homme s’en va, toujours obéissant, et déroule la ceinture autour de l’arbre. Mais, comme il arrivait au bout, voilà que tout d’un coup l’arbre et la ceinture disparaissent et l’homme demeure là, ne pouvant rien comprendre et stupéfié.


69. La poule noire

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Il y avait une fois dans le canton de Saint-Palais un méchant Lamigna qui rôdait à droite à gauche, faisant tout le mal qu’il pouvait, jetant un sort sur la vache de celui-ci, sur la chèvre de celui-là, en sorte que chacun le redoutait.
La Lamigna, sa femme, était au contraire aimée de tout le monde, d’abord parce qu’elle était avenante et gracieuse et ensuite parce qu’elle réparait tout le mal qu’avait fait son mari. Au paysan qui avait perdu une vache, elle en rendait deux ; à celui qui avait perdu une chèvre ou une brebis, elle donnait dix chèvres ou dix brebis, tout un troupeau.
Quand elle aimait bien les gens et qu’ils étaient honnêtes et laborieux, elle leur apportait une poule noire, une seule poule qui ne pondait par jour qu’un seul oeuf ; mais l’oeuf était de vrai or massif. Il ne fallait pas longtemps aux pauvres gens pour s’enrichir ainsi. C’est ce qui arriva bientôt dans le canton où l’on vit plus d’une famille, naguère dans la gêne malgré un travail assidu, se bien traiter à chaque repas et faire la grasse matinée. De là est venu le proverbe que nous appliquons à celui qui vit bien sans travailler : “Il possède peut-être une poule noire”.
J’ai entendu dire qu’il existe encore une de ces poules noires à Garris, mais c’est la dernière. Elle appartient à un Bohémien qui ne se refuse rien, quoiqu’il soit oisif tout le long du jour.