Contes & légendes

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Ravier

Cette page recense les contes collectés par Xavier Ravier.


1. La Dame des eaux

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C’est l’histoire de Madame d’Aygues, ce qui veut dire « Madame des Eaux », Madama d’Aigues.
Alors, c’était un jeune homme du village de Sazos qui avait une grange sur le plateau de Bernazau et qui y faisait les foins avec son père et sa mère, il était seul avec son père et sa mère dans la maison, et alors on allait chercher de l’eau fraîche toujours dans une même source, cette source s’appelait « la fontaine des eaux », era hont deres aigues et y on allait plusieurs fois dans la journée chercher de l’eau fraîche parce qu’autrement il n’y avait que de l’eau des rigoles qui n’était pas potable. Alors un jour, il est allé chercher de l’eau comme d’habitude et puis il a vu sur le bord de la fontaine un fil, un fil de soie, il lui a semblé que c’était de la soie ; alors il l’a enroulé un peu, puis ça s’enroulait toujours et il continuait toujours son peloton de soie, il a eu une grosse pelote de soie et finalement au bout du fil est apparu Madama d’Aigues, la fée des eaux si on veut : c’était une belle jeune fille blonde, belle, qui lui souriait et il a été tout étonné et alors il lui a parlé, il lui a demandé d’où elle venait : elle lui a dit qu’elle venait du Lac Grand, c’est-à-dire le lac d’Ardiden. Alors ils ont causé un moment, il lui a dit d’où il était, ce qu’il faisait ; alors elle lui a dit qu’elle aimerait bien le revoir s’il voulait revenir un autre jour ; alors le lendemain, il est retourné bien sûr à la source ; il n’était pas marié, il était célibataire et il se plaisaient, quoi ; alors tous les jours il revenait à la source, il venait la voir et puis quand ils avaient fini de discuter, elle disparaissait dans le trou de la source. Et puis un beau jour ils ont décidé de se marier. Alors il l’a amené à la grange, il l’a montrée à ses parents, tout ça, et tout le monde était content : ils se sont mariés. Et puis ils ont eu deux filles, deux petites filles blondes qui avaient de longues tresses, elles avaient de très beaux cheveux, il paraît. Et elle lui avait dit sans doute, je crois que c’est ça, elle lui avait dit : « Tu ne devras jamais m’appeler Madame d’Aigues. » Et alors il s’en était tenu là, bien sûr ; et puis un jour ils ont eu une petite histoire de ménage, comme ça arrive chez tout le monde et un peu en colère, il lui a dit : « Tu, Madama d’Aigues [Toi, Madame des Eaux]. » Alors elle est partie, elle a disparu et ce soir-là elle n’est pas rentrée dans la grange. Alors lui, il la cherchait, il ne la trouvait nulle part ; et puis un beau jour, pendant qu’il n’était pas là, bien sûr, quand son mari n’était pas là, elle venait à la grange tous les jours, elle venait peigner ses filles, les laver, faire leur toilette, les embrasser, tout ça, puis elle repartait. Et puis un beau jour il était retourné à la fontaine et l’a aperçue : alors il lui a dit quand même qu’il aimerait qu’elle revienne, qu’elle revenait tous les jours bien sûr, mais il ne l’avait pas vue, il regrettait beaucoup ce qu’il lui avait dit et que tout irait bien si elle voulait rentrer dans la famille de nouveau. Alors elle lui a dit : « E bèn, je veux revenir, à une condition, à condition que tu envoies sept hommes me chercher au bord du lac d’Ardiden, un matin, à bonne heure et qu’ils soient tous à jeun.

Alors il est redescendu au village, il a cherché sept hommes, parmi lesquels il y avait un domestique, on appelle ça vailet en patois, de chez Telh. Alors ils sont partis le matin, à jeun, ils devaient être à jeun et ils ont traversé le plateau de Bernazau, puis ils sont montés à Aynis, c’est un peu plus haut, où il y a un pâté de granges et là il y avait un champ, un champ d’orge. Alors, en passant sur le chemin, il [le domestique] a attrapé un épi d’orge dans le champ et il a dit : « Voyons si ce grain est mûr. » Et il a mis un grain d’orge à la bouche et il l’a mangé et puis ils ont continué leur route. Et puis ils sont arrivés au bord du lac, ils ont vu Madame d’Aigues, qu’elle était là, elle les attendait, elle était toujours belle ; et ils lui ont dit : « Nous venons pour te chercher, c’est ton mari qui nous a envoyés te chercher. » Alors elle a dit en patois, elle a dit : « Malaye et vailet det Telh [Malheur au domestique de chez Telh] qui a mangé un grain d’orge en montant. » Et là-dessus elle leur a dit : « Je ne peux pas rentrer, je ne rentrerai jamais plus. » Et elle leur a fait quelques prédictions : « Vous pourrez raconter que dans la maison de chez Carrère chez qui j’étais mariée, ils auront des dettes, la maison tombera très bas, ils seront presque ruinés, mais un jour il y aura un homme de cette famille qui relèvera la maison, qui fera des affaires, et à partir d’à présent il n’y aura jamais beaucoup de monde dans la maison. » Et là-dessus elle s’est jetée dans l’eau et elle a disparu dans les eaux. Et ils n’ont plus rien vu, ils sont rentrés sans elle.


2. Agos-Vidalos

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La légende raconte que la grotte de Bours était jadis habitée par trois fées merveilleusement belles, terribles enchanteresses dont la retraite était inaccessible. Le jeune et beau sire de Deneins était à cette époque seigneur de Vidalos, habitant le manoir dont, il n’y a pas cinquante ans, on voyait les dernières ruines sur un monticule au centre du village, et de son domaine dépendait l’église qui est encore debout aujourd’hui. 
Les fées l’ayant un jour aperçu, s’éprirent de sa bonne mine. Aidées par les hadous, bergers qui gardaient dans les forêts les troupeaux des hades (fées), elles firent creuser un souterrain conduisant de leur grotte au château du guerrier, leur bien-aimé.
Dès ce moment, l’heureux châtelain devient le bon génie de la contrée, et son crédit auprès des puissantes fées est mis plus d’une fois à contribution.
Le gardeur des moutons d’une famille Fourcade, de Vidalos, ayant une fois conduit son troupeau près de la grotte, les fées furent effrayées par le chien que leur aspect avait rendu furieux, et elles appelèrent le berger à leur secours. Celui-ci fit la sourde oreille et se mit à rire sous cape de leurs alarmes. Elles le punirent en l’aveuglant à l’instant, et le chien, dès ce jour, aboya aux oreilles de son maître sans trêve ni merci. Le sire de Deneins, intercédé, obtint la cessation de l’infernal supplice. Dans une autre circonstance, les fées avaient enlevé un petit enfant au berceau, que sa mère, de la famille Bégarie, de Vidalos, venait de déposer, pendant qu’elle travaillait au champ à quelque distance, sous un chêne ombrageant la fontaine de Soupeyre près d’Ost. Il fallut recourir au seigneur, et grâce à l’intervention du favori de ces belles, l’enfant fut replacé sous le chêne, tenant dans ses mains un gros peloton de fil d’or. Il fut toutefois imposé pour condition que la mère, lorsqu’elle viendrait chercher son fils et l’emporterait, ne tournerait pas la tête en arrière quoi qu’elle entendît. A peine a-t-elle fait quelques pas, qu’elle entend derrière elle une musique ravissante qui la pousse à regarder sur ses pas. Mais voilà qu’aussitôt le gros peloton au fil d’or s’échappe des petites mains de l’enfant et s’évanouit. La légende ajoute que, pour dédommager la mère, les fées lui firent plus tard cadeau d’une grande propriété que la famille Bégarie a possédée jusqu’à ces derniers temps.


3. La hount d’era Encantado

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La fée Margalide, dont la rare beauté avait excité la jalousie des Dames blanches, de Gez, enchanteresses supérieures, se vit imposer pour prison, par ses puissantes rivales, l’espace compris entre la fontaine de Capdivere et celle de Barderoun.
La pauvre prisonnière ne devait recouvrer sa liberté que lorsqu’une main étrangère et bienfaisante aurait dévidé jusqu’au bout un peloton de soie pourpre dont elle était nantie. Aussi, quand on venait puiser de l’eau, laissait-elle toujours paraître dans l’onde le fil à l’éclatante nuance.
Une jeune fille d’Arcizans-Avant, qui s’appelait Élisabeth Vignalounque, étant un jour venue avec sa cruche, aperçut le bout de soie qui semblait couler avec l’eau, et la voilà qui dévide aussitôt ce fil convoité. Pressée par la soif, sa mère la rappelle à grand cris. Tentée par sa trouvaille, qu’elle ne se décide pas facilement à lâcher, l’enfant répond avec douceur, mais continue. Nouveaux cris, menaces de la mère. La petite se décide alors à quitter la fontaine, et rompt entre deux cailloux le fil dont elle tient déjà un gros peloton ? Au même instant apparaissait la fée qu’un bout de soir retenait encore captive dans la roche, à l’orifice du jet d’eau. Éblouie et confuse, Élsabeth se sauve, abandonnant son larcin, et, en fuyant, elle entendait la fée qui chantait : 

Déra houn de Capdibere
Enta la houn de Barderoun,
Era nouste Margalide,
Beill et dié, éra net qué droum

De la fontaine de Capdivère
jusqu’à la fontaine du Barderou,
notre Marguerite
veille le jour, la nuit elle dort

On ajoute que Margalide, irritée, jeta encore à l’enfant qui disparaissait ces paroles : Maladito sié era henno qui t’a pourtant, mainado, per nou m’abé léchat sourti d’aci !  (Maudite soit la femme qui t’a portée, jeune fille, pour ne m’avoir pas laissée sortir d’ici). Le lendemain, la mère était morte.