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Cette page recense les contes collectés par Léopold Dardy.
12. Les trois vierges d’Eskieys
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A Eskieys, au temps de la petite église, le meunier d’Eskinjios se mît à l’abri sous l’auvent au moment d’un grand orage. Il fut surpris de trouver là sur la porte de la chapelle trois filles vêtues de blanc qu’il n’avait jamais vues. Le meunier pour ne pas mouiller la farine déchargea le mulet et dressa les sacs contre le mur de l’église.
Et quand l’orage s’apaisa, le meunier un peu effrayé des trois jeunes filles leur demanda de l’aider à charger :
— Vous avez cru que nous étions comme les autres, lui dit une : essayez de toucher si nous avons des bras !
Le meunier voulut toucher celle qui lui parlait : aussitôt toutes trois s’évanouirent comme un éclair au travers des pierres de l’église , comme si elles s’étaient couchées dans les tombes du lieu saint.
Le meunier épouvanté prit la fuite avec son mulet ; mais en arrivant au moulin il se trouva mal et en mourut.
{les Hadas}
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31. La hadète et la fontaine d’argent
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Il y avait une fois une fontaine qu’on appelait la fontaine d’argent. A cette fontaine, disait-on, une Hadète chaque nuit sur le banc des lavandières ou sur les pâquerettes venait se parer.
De loin en loin, quelques-uns l’avaient vue, mais personne comme une jeune fille qui se trouva à la fontaine avant le lever du soleil. Elle vit la hadète se parer sur le banc à laver et se peigner avec un peigne d’or. Surprise la hadète s’était cachée dans la fontaine, mais avait oublié le peigne sur les pâquerettes où la jeune fille le ramassa.
Une autre fois, au point du jour la jeune fille revint à la fontaine, la hadète sortit de l’eau et lui dit : « Si tu me rends le peigne, chaque fois que tu viendras ici tu y trouveras cinq livres ; tu perdras tout si tu dis ton secret. » La jeune fille remit le peigne ; aussitôt elle eut cinq livres. Elle tarda peu à avoir une barrique d’écus. Et les autres de l’interroger, de la tourmenter pour avoir le secret ! Comment le garder alors ? Le secret lui échappa comme l’eau s’écoule d’un panier, et la barrique fut pleine aussitôt de feuilles de vergne.
{les Hadas}
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60. Le joli hadet et sa mère
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Une fois un bouvier labourait près de la grave noire, dans le Maransin. Ce bouvier s’écarta un peu pendant que ses bœufs buvaient. Quand il revint il trouva perché sur la charrue un hadet tout nu, beau et tendre comme un petit ange. Le hadet sans rien dire se laissa porter à la maison et quand on l’eût vêtu il se mit au coin du feu sans parler. Au foyer il vit des œufs en rang et alors il dit :
— Ah mon Dieu ! les jolis petits pots ! J’ai tant voyagé et je n’en ai jamais vu de pareils !
Quand il parla une voix dehors dit :
— Le mien, il ne faut pas dire à quoi sert la feuille du vergne, parce que tous les bouviers porteraient l’aiguillon doré.
En effet ce que vaut la feuille du vergne est toujours demeuré le secret des hadètes. La mère entra : c’était une hadète des plus distinguées :
— Si vous voulez me rendre mon enfant, leur dit-elle, je vous ferai tous heureux par ici.
— Vous pouvez le prendre, lui répondit-on, puisqu’il est à vous.
— Eh bien ! dit-elle, vous allez préparer vos étables, les parcs et les granges, tout ce que vous avez par ici pour pouvoir loger du bétail : il va vous arriver de partout, des vaches, des veaux, des bœufs et des génisses. Quand arrivera le taureau il y aura du tapage ; il vous semblera qu’il brisera tout ; n’ayez pas peur ; surtout ne vous retournez pas : si vous avez le malheur de vous retourner tant que se fera le tapage, tout sera perdu.
Aussitôt l’enfant rendu à la mère, voilà des troupeaux de vaches, de bœufs, de génisses ; étables, granges, parcs, tout se remplit, et du beau bétail. Mais lorsque arriva le taureau au milieu de ces vaches tous ceux du domaine se crurent perdus ; ils oublièrent la parole de la hadète ; ils tournèrent la tête pour voir par derrière, et vaches, bœufs, veaux et génisses disparurent. Pourtant la race de ce bétail s’est conservée dans la Lande.
{les Hadas}
{le Petit peuple}
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69. La marâtre et la bécude
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Une fois un roi veuf avait une fillette des plus gentilles. Il se remaria avec une veuve, type sans cœur qui avait une laideron d’enfant qu’on appelait Bécude à cause d’un œil qu’elle avait sur la tête comme un ciel-ouvert. La marâtre enrageait de voir celle du roi fine comme une hirondelle et la sienne lourde et monstrueuse avec cet œil.
Quand le roi partit aux armées la marâtre fit garder les brebis à la princesse ; elle lui fit travailler la terre pour lui couvrir les mains d’excoriations autour des ongles, et lui faire des taches de rousseur à la figure comme il y en a sur le dos d’un crapaud.
Près d’une fontaine des plus solitaires avait sa demeure une bonne dame, la bonne hadète du pays ; elle s’intéressa à la petite fille ; chaque jour elle lui portait quelque chose de bon ; la Bécude s’en aperçut ; elle le dit à sa mère qui fit enfermer la princesse dans une cour sans lui donner de quoi manger. Alors la bonne hadète descendit dans cette cour et porta à la pauvre innocente un poirier où pendaient des poires, les unes mûres, les autres un peu vertes, comme sur un pommier d’oranges : « Tiens, lui dit-elle, la mienne petite, tu te nourriras avec ce fruit : tu le ménageras pour chaque jour ; en attendant reviendra le roi. » La marâtre irritée, quand on lui parla du poirier, arriva avec ses hommes pour le couper : aussitôt le poirier monta et se tint en l’air comme un épervier.
Le roi arriva avec un prince qui voulait se marier avec une des deux princesses. Il ne voulut pas la Bécude ; la marâtre l’aurait tué dans son dépit.
La princesse partit avec son mari, et le poirier se plaça de lui-même sur la voiture. Quand la princesse fut pour se délivrer le prince et le roi partirent pour l’armée, et aussitôt la marâtre arriva sous le prétexte de ne pas laisser seule et d’assister la jeune dame.
Plus que jamais la marâtre lui fit des vilainies, des méchancetés. Quand l’enfant fut né, elle fit enfermer la mère et son petit ange dans une cave du château, malsaine, où ils étaient comme enferrés, et là elle les condamna à pâtir soif et faim ; aussitôt qu’elle la bonne hadète arriva à la cave avec le poirier pour l’assister.
Mais le prince inquiet de sa compagne et de l’enfant s’en retourna sans être attendu ; il arriva de nuit comme la marâtre était couchée avec sa boulotte de Bécude dans le lit de la princesse.
La princesse du fond de sa cave entendit du bruit : peut-être la bonne hadète l’avait-elle avertie ! Elle cria, elle se lamenta tellement que le prince, à l’arrivée, surpris de ne pas la trouver, s’en va à l’endroit où se faisait le tapage, et trouve là sa pauvre, demi-morte avec le petit innocent sur son sein. Le prince irrité, condamna sur-le-champ la marâtre et sa fille la Bécude à être brûlées toutes vives, dans un four ardent, comme des démons dans l’enfer.
Le Bon Dieu souvent laisse faire les méchants : mais quand il fait tant que de les joindre alors il les mène d’équerre.
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71. Les hadets et les hadètes d’Estans
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A Estans, dans Jautan, il y avait hadets et hadètes. Ils ne mesuraient pas un empan chacun ni chacune. Ils se chauffaient au foyer tous ensemble ; les hadètes avaient leur place sous la cheminée ; là elles faisaient leur veillée tranquilles. Souvent elles n’y allaient que deux, une grande et l’autre petite. Un soir la plus petite arriva la première ; les veilleuses la firent deviser. La grande hadète, de sur la porte en dehors leur cria : « Parle-leur de ce qu’elles voudront, hormis de ce à quoi est bonne la feuille de vergne. » Effectivement la vertu de la feuille du vergne est toujours demeurée le secret des hadètes.
Ceux d’Estans furent heureux tant que les hadètes les visitèrent. Mais les hommes de là leur firent des moqueries : ils leur jetaient de l’eau bouillante, leur donnaient des noms grotesques ; alors les hadètes ennuyées quittèrent Estans avec les hadets, et elles maudirent tous ceux d’Estans en disant :
Estans, Estans,
Tu ne verras plus jamais nul barbe blanc !
Depuis les hommes ne viennent plus vieux à Estans.
{les Hadas}
{le Petit peuple}
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