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Cette page recense les contes collectés par Jean Barbier.
I1. Les laminak à Saint-Pée, au pont d’Utsalea
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Il y a quelques deux ou trois cents ans, les Laminak, dit-on, avaient une demeure à Saint-Pée, sous le pont d’Utsalea. Mais, on avait beau y regarder, personne ne pouvait rien savoir de cette retraite. Une fois, cependant, raconte-t-on, un de ces Laminak allait mourir. Ses compagnons savaient fort bien que son heure était venue ; et, fatalité, il ne pouvait absolument pas trépasser, sans qu’un être humain – qui ne fût pas un Lamina – fût venu le voir et eût récité devant lui une prière, si petite fût-elle !
Les Laminak avaient un ami à Gaazetchea ; l’un d’entre eux s’en fût au près de lui :
– Par grâce, vous allez venir jusque chez nous !… Un de nos compagnons est très mal, et il ne pourra exhaler son dernier souffle que vous ne l’ayez vu et que vous n’ayez dit une petite prière pour lui. Vous aurez un beau salaire : une somme de cinquante francs, sans compter quelques étrenne.
Cinquante francs n’étaient pas alors faciles à gagner… La femme de Gaazetchea se résout donc à l’expédition, et advienne que pourra !…
Tandis qu’ils s’acheminaient tous les deux vers le pont d’Utsalea, le Lamina dit à sa compagne :
– S’il vous arrive d’entendre quelque bruit, tout à l’heure, tandis que vous sortirez de chez nous, ne regardez pas, je vous prie, en arrière ! Allez toujours votre chemin, droit devant vous. Sans cela, vous perdrez votre cadeau, et vous ne vous en serez même pas doutée.
– C’est bien. Je ne vais certes pas regarder en arrière !
Les voilà donc près du pont d’Utsalea. Il leur fallait traverser, pour entrer dans la maison. Le Lamina frappe l’eau avec une sienne baguette, et, tout de suite, l’onde se divise en deux parts. Tous deux ils passent ; et, derechef, de sa baguette, le Lamina frappe l’eau qui reprend immédiatement sa place. La femme pénètre dans la maison ; elle dit une prière devant le Lamina expirant et s’apprête à sortir. Mais les Laminak n’entendaient pas qu’elle s’en allât ainsi, sans s’être du tout restaurée : Elle mangerait bien une bouchée tout au moins !
Ils lui servent donc un fort bon repas ; et puis, en plus d’une somme de cinquante francs, ils lui remettent une tabatière en or. Ravie, elle s’en retournait donc chez elle. Tout à coup, entendant quelque bruit, elle tourne la tête… Adieu ! Sans même qu’elle s’en rende compte, elle perd… sa tabatière en or ! Toujours avec son Lamina, elle arrive au bord de l’eau. Comme précédemment, le Lamina prend sa baguette et frappe. Mais, cette fois, l’eau ne s’est point divisée. Il frappe encore une fois ; mais, encore une fois bien inutilement.
Dès lors, le Lamina savait pourquoi l’eau ne se divisait pas ; mais il n’osait pas s’en ouvrir à sa compagne. Une dernière fois, il frappe avec la baguette… Et l’eau de demeurer toujours immobile ! Le Lamina dit alors à la femme :
– Vous devez avoir, sur vous, quelque petite chose à nous et que vous aurez prise par mégarde ?
Elle veut dissimuler et répond :
– Je ne crois pas, Madame Lamina !… à moins que ce ne soit quelque épingle… Elle se fouille et dit : Non, non, je ne trouve rien.
– Cependant, je n’arrive pas à diviser l’eau !… Et dès lors, si vous ne dites pas votre larcin, nous voilà ici pour un moment !
Et la bonne femme de dire alors :
– Tout ce que j’ai sur moi, c’est un tout petit peu de votre pain que j’ai pris dans le coin de mon mouchoir, afin de montrer chez moi combien il est blanc. (Il l’était, dit-on, plus même que la neige.)
– C’est une chose qui peut arriver à tout le monde… Mais on ne peut rien emporter de chez nous. Voilà pourquoi vous me rendrez ce pain, je vous prie, personne ne devant jamais rien voir de ce qui nous appartient.
La brave femme lui rend donc le pain, et à peine la baguette a-t-elle effleuré l’eau, que, tout de suite, cette eau s’entr’ouvre et se range. En même temps aussi s’évanouissait le Lamina…
La pauvre femme de Gaazetchea, cette nuit, y gagna d’avoir fait son voyage pour rien, car, tandis qu’elle s’en revenait, les cinquante francs fondirent eux aussi dans sa poche !
Voilà pourquoi, de nos jours encore, nous ne savons pas au juste des Laminak, ni ce qu’ils sont, ni de quoi ils se nourrissent, ni dans quelles habitations ils vivent.
{les Hadas}
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I2. Les Lamignac et la vieille
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Il y avait dans une maison un homme et une femme, parvenus tous les deux à un certain âge. L’homme s’en allait au lit de bonne heure, tandis que la femme s’attardait, tous les soirs, à filer phiru-phiru.
Mais, tous les soirs aussi, et toujours à la même heure, il arrivait à la pauvre fileuse que, le long de la cheminée, descendait une femme inconnue qui ne s’en allait pas qu’elle n’eût obtenu quelques miettes du souper.
La fileuse avait à peine commencé à frire son jambon, qu’elle entendait et le même bruit et la même demande : « Chitchi’ta papa, papa buchtia ? Viande et pain, pain trempé ? »
Il y avait déjà quelques semaines que cela se répétait, et la pauvre femme, effrayée, ne se hasardait pas à dire quoi que ce soit à son homme, dans l’espoir que le Lamina finirait bien par ne plus revenir. Un soir, cependant, comme dans un songe, l’homme crut percevoir que sa compagne conversait avec quelqu’un…
Lorsque la pauvre femme fut venue au lit, son mari lui demanda :
– Dites donc ! Il y a un instant, ne parliez-vous pas avec quelqu’un ?
– Oui…
– Qui donc aviez-vous là ?
– Tenez, je ne sais pas du tout moi-même qui c’est, mais, il y a déjà quelques semaines que le même monstre m’apparaît ; et c’est toujours à la même heure, sitôt mon souper commencé. Et, immanquablement, il me demande : « Chichi’ta papa, papa buchtia ? »
– Et vous le lui donnez ?
– Il le faut bien. Que faire ?
– C’est bon ! demain soir, c’est moi qui resterai à votre place. Quelqu’un qui arrive à cette heure-là, ce ne peut être rien de bon ! Un sorcier ? Un Lamina ? … Nous le verrons demain. De mon mieux, je mettrai votre châle et votre mouchoir, ainsi que les autres soirs.
Le lendemain, ainsi que convenu, la femme va se coucher, tandis que, demeuré au coin du feu, l’homme fait déjà mine de filer… Bien vite, il perçoit un grand bruit : l’inconnu de toujours, descendu firrindan le long de la cheminée, s’assoit tout près de lui et réclame aussitôt : « Chichi’ta papa, papa buchtia ? »
Notre homme fait comme s’il n’avait pas entendu, et, phiru, phiru, se met à filer avec frénésie. Alors le Lamina de lui demander :
– Combien furieusement vous travaillez ce soir !
– Oui, hier, frin- frin, firun-firun, aujourd’hui, fran-fran, furdulu-furdulu…
Et le fileur filait toujours, observant l’inconnu du coin de l’œil. Tout de suite, il avait reconnu un Lamina, et tout de suite aussi s’était dit qu’il s’agissait de le chasser de là, au plus vite.
De son côté, s’étant méfié de quelque chose, le Lamina demandait :
– Vous n’êtes pas, ce soir, ce que vous êtes habituellement. Vous me paraissez dur… Quel est votre nom ?
– Nehorknereburu. (Moi-même, ma personne)
– Nehorknereburu ? … Et chichi’ta papa, papa buchtia ? …
Notre homme avait sa poêle dans le coin de la cheminée ; il la met sur le feu, toute chargée de graisse, et l’y laisse jusqu’à ce qu’elle soit bien rougie. Tout heureux déjà, le Lamina ne s’arrêtait pas de se frotter les mains : « Chichi’ta papa, papa buchtia ! »
Soudain, calculant que la poêle doit être rougie à point, le fileur la saisie brusquement (braun) et, pla, en jette la graisse au Lamina, au beau milieu du visage… Tout de suite, en hurlant, le Lamina monte par la cheminée. Une fois dehors, dans une clameur aigüe, il assemble tous ses compagnons Lamignac.
Les mains sur sa figure brulée, il se lamente sans arrêt, et ses compagnons ne pouvaient rien comprendre à ses paroles :
– Qu’as-tu donc ? qu’as-tu ? … Qui donc ta abîmé de la sorte ? …
– Nehorknereburuk ! (Moi-même, ma personne ! …)
– Puisque tu as toi-même abîmé ta personne, à qui la faute ? Et qu’est-ce que tu veux de nous ? …
Et, par la nuit noire, les Lamignac s’évanouirent aussitôt dans toutes les directions.
{les Hadas}
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I3. Dominichtekun
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Au temps jadis, dans une maison, tous les enfants venaient à mourir, vite après leur naissance. On ne les avait pas plus tôt entre les mains, que, ni une, ni deux, ils étaient perdus à jamais.
Quatre ou cinq petits avaient déjà péri de cette manière, et voilà qu’un enfant encore allait naître sous peu. L’anxiété de tous était grande, parce qu’on ne savait comment faire pour conserver l’enfant qui allait venir.
Tandis qu’ils étaient tous ainsi dans la désolation, un petit ange naquit, mignon on ne peut plus. Et dire que, cette fois encore, il leur faudrait perdre un amour pareil !…
Tous, ils pleuraient donc, lorsque, venu aux nouvelles, se présente un homme très vieux du voisinage. Stupéfait de les voir tous en larmes, il leur demande s’il serait arrivé quelque malheur.
– Non, non, il n’y a rien encore ; l’enfant ne vient que de naître à l’instant. Mais…
– Mais ?… quoi, mais ? De quoi donc avez-vous peur, que vous fondiez ainsi en larmes ?
– Nous ne pensons pas qu’il vaille beaucoup la peine de vous dire ce que nous n’avons encore dit à personne jusqu’ici… Mais, puisque vous voulez le savoir, eh bien ! voici ce qui toujours nous arrive : les enfants que nous avons eus jusqu’ici, nous les avons tous perdus, sans même que nous nous en soyons aperçus. Et maintenant, nous sommes ici à nous demander quand viendra le tour de celui-ci.
– C’est tout, bonnes gens ? Si je l’avais su !… Nous remédierons au mal, oui, nous y remédierons !… Voyons ici ! Qui prendra cet enfant sur les genoux ? … C’est bien ; comme cela ; tenez ainsi le cher petit ange, jusqu’à ce que j’en décide autrement…
Au même moment, ayant eu quelque peu froid d’être ainsi tenu sur les genoux, l’enfant éternua. Et, tout de suite, le vieil homme lui cria :
– Dominichtekun, enfant !
En même temps, on entendait une voix fortement irritée et qui venait de derrière la porte :
– Maudit, celui qui t’a enseigné cela ! Maudit, toi-même !
Et, dans le temps qu’il lançait cette malédiction, un grand Lamina, vraiment horrible, s’en allait en tempête par la cheminée…
Depuis lors et grâce au vieil homme, l’enfant vit toujours. Et, – n’est-ce pas un miracle ? – depuis lors aussi, il ne meurt plus d’enfant nulle part, de la maladie tout au moins qui les faisait mourir jusque-là. Et cela, parce que, à chaque éternuement, chaque maman dit à son enfant :
“Dominichtekun, enfant !”
{les Hadas}
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I4. Le Château de Laustania
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Il y a maintenant bien longtemps, le seigneur de Laustania, trouvant trop pauvre son château, demanda, dit-on, aux Lamignac qu’ils lui en fissent un nouveau.
Les Lamignac le voulurent bien. Volontiers ils feraient le château ; et même, ils le feraient avant le premier chant du coq postérieur au coup de minuit. Une condition : en guise de salaire, le seigneur leur donnerait son âme. Et le seigneur de Laustania en fit la promesse.
Dans la nuit même, les Lamignac commencèrent leur besogne. Ils taillèrent parfaitement de belles pierres rouges d’Arradoy. Et puis, ils se les passaient vivement de l’un à l’autre, en se disant à voix basse : « Tiens, Guillen ! – Prends, Guillen ! – Donne, Guillen ! »
Et le travail avançait, avançait furieusement.
Du haut de l’escalier du poulailler, le seigneur de Laustania regardait les Lamignac. Dans la main il tenait un certain paquet gris.
Et voici que les Lamignac empoignèrent la dernière pierre : « Tiens, Guillen ! – Prends, Guillen !… – C’est la dernière, Guillen !… »
Dans le même instant, le seigneur de Laustania mettait feu à un gros morceau d’étoupe ; une grande lueur s’éleva devant le poulailler. Un jeune coq s’effraya, craignant que le soleil ne l’eût devancé ce jour-là : il chanta kukuruku et se mit à battre des ailes.
Avec un hurlement aigu, le dernier Lamina, dans le gouffre de la rivière jeta la dernière pierre que déjà il tenait dans ses mains : « Maudit coq !… » Et il s’abîma lui-même dans le gouffre avec ses compagnons.
Cette pierre, jamais personne n’a pu la retirer du gouffre. Elle est toujours là, au fond de l’eau : les Lamignac la retiennent avec leur griffes. Et, depuis toujours, il manque une pierre au château de Laustania.
{les Hadas}
{le Petit peuple}
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I5. Le Pot-au-feu de Lamignac
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Une Lamina, un jour, allait avoir un enfant.
Elle envoya donc un de ses compagnons quérir une femme du village qui faisait métier d’accoucheuse.
Tandis qu’ils cheminaient, le Lamina dit à la sage-femme :
– Voici : après que vous aurez fait votre travail, on vous donnera à choisir entre deux pots ; l’un aura de l’or à la surface, l’autre… de la cendre. choisissez celle qui aura la cendre, car, dedans, seule elle aura de l’or.
– Certes, oui !
La sage-femme fit ainsi que promis ; et tout se passa exactement comme avait dit le Lamina.
{les Hadas}
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I6. Les Lamignac du Mondarrain
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Autrefois, il y avait, dit-on, des Lamignac au plus haut de la montagne du Mondarrain.
Tous les matins, – mais avant que parût le soleil, – la Dame Sauvage allait sur la crête de la montagne, pour se peigner avec un peigne en or. Et cela, tous les bergers des alentours pouvaient le voir.
Une fois, avant le jour, un berger lui dérobe son peigne d’or et prend la fuite.
La Dame Sauvage ne s’en est pas plus tôt aperçue qu’elle se met à le poursuivre. Elle l’a déjà presque rattrapé, quand viennent à paraître les premiers rayons de soleil…
Et aussitôt, bon gré, mal gré, la Dame Sauvage dut rentrer dans son antre, et le berger demeura en possession du peigne.
{les Hadas}
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I7. Les Lamignac à Béhorlégui-mendi
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A Behorlegui-Mendi, autrefois, il y avait partout des trous de Lamignac.
Un jour, un berger aperçut une Dame Sauvage qui, dans un de ces trous, se peignait avec un peigne d’or… Et il n’en fut pas peu effrayé !
Mais la Dame Sauvage lui dit de n’avoir point peur. Bien plus, s’il la prenait sur le dos et de son trou la transportait à Apanize, elle lui donnerait de l’argent, à plaisir.
Le berger y consentit : il la transporterait de bon cœur.
Il la prit donc sur le dos. Mais il n’était pas encore sorti de l’antre, que quantité de bêtes surgissaient devant lui. Terrifié, il jeta aussitôt la Dame Sauvage et s’enfuit au plus vite.
La Dame Sauvage, alors, poussa un cri effrayant. Et, dans un hurlement, elle dit :
– Malédiction ! Pendant mille ans, maintenant, il me faut demeurer dans ce trou !
Et depuis, elle est là, en effet, dans le précipice. Et jamais un berger ne s’aventure dans ces parages !…
{les Hadas}
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I8. Les Lamignac à Bazterretchea
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Les gens de Bazterretchea, tous les soirs, avant de s’en aller au lit, laissaient, au coin du feu, une écuelle de lait d’abord, et puis aussi des croûtons de maïs grillé et des croûtes de jambon jetés dans la poêle sur des rogatons de graisse.
Une fois tout le monde endormi, les Lamignac descendaient le long de la cheminée. Et suce et suce, avec un grognement de plaisir, ils mangeaient, jusqu’à la dernière, toutes les miettes du coin du feu. Puis, silencieusement, ils s’en allaient par la cheminée.
Et, le lendemain, les gens de Bazterretchea trouvaient épandus les fumiers, curées toutes les rigoles, labourées les terres, sarclés les maïs.
Une nuit, ils oublièrent de mettre au coin du feu l’écuelle de lait, les croûtes de jambon et les croûtons de maïs grillé. Et lors, les Lamignac, mortifiés, s’en furent loin, très loin, dans un autre hameau. Et plus jamais ils ne reparurent aux travaux de Bazterretchea.
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I9. Le Lamina dans l’Almud
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Dans une maison, les Lamignac s’introduisaient, dit-on, n’importe où.
Un soir, en allant au lit, la maîtresse de maison, par mégarde, laissa renversé un almud (mesure de grains).
Le lendemain, elle fut bien effrayée — vous pouvez m’en croire — d’y découvrir étouffé… un Lamina.
On n’ensevelissait jamais de Lamina en terre sainte.
On creusa donc un trou dans le fond du jardin et on y mit le Lamina.
Pour le lendemain déjà, l’endroit où le Lamina avait été enseveli n’était plus qu’orties. Et jamais plus on ne parvint à bien nettoyer la place.
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I10. Le Lamina et le Tailleur de pierre
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Voilà bien longtemps, dit-on, il y avait un tailleur de pierre. Estimant qu’il se fatiguait à frapper contre la pierre et qu’il lui valait mieux être autre chose, il voulu être riche.
Comme il y avait en ce temps-là beaucoup de Lamignac, un de ces Lamignac l’entendit et, sur-le-champ, le fait riche.
Mais, sous prétexte qu’il y avait encore plus puissant que lui, il en eut assez de son sort, et il voulut être Empereur. Et le Lamina le fit Empereur.
Par un été brûlant, il fut importuné par le soleil, et il réfléchit qu’il lui valait mieux être Soleil. Et le Lamina le fit Soleil.
Mais, le temps s’étant un peu brouillé, un nuage se mit devant lui, et, offusqué, il pensa qu’il lui valait mieux être nuage. Et le Lamina le fit Nuage.
Mais tandis qu’il déversait des trombes de pluie sur la terre, il observa qu’il n’agitait même pas certain gros rocher, et plus tôt que nuage il eût mieux aimé être rocher. Et le Lamina le fit Rocher.
Mais, un marteau de fer à la main, un homme le fit sauter morceau par morceau, et il cria qu’il lui fallait être cet homme-là. Et, l’ayant fait Tailleur de pierre, le Lamina lui dit en le persiflant :
– Qui a l’un veut avoir l’autre ! Te voilà aussi avancé que devant ! Depuis maintenant, demeurons ainsi : moi Lamina et toi Tailleur de pierre.
Et le Lamina ne reparut plus jamais au tailleur de pierre.
{les Hadas}
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